L'ABCDaire de Marc Delaf

Publié le 14 novembre 2023 à 02h11

D comme Dessin
 
Le dessin me procure un grand plaisir depuis l'enfance. À 12 ans, en lisant "Le réveil du Z" de Tome & Janry, j'ai eu une épiphanie : j'allais devenir auteur de bande dessinée ! Mon chemin pour devenir professionnel est passé par la recherche d'une école, mais les possibilités n'existaient pas au Québec. J'ai pensé à l'école Saint-Luc de Bruxelles, mais cette formation coûtait une fortune pour les étudiants étrangers. Il y avait aussi une école aux États-Unis, la Joe Kubert School dans le New Jersey, mais elle était orientée vers le comic book américain classique, c'était moins ma tasse de thé. J'ai donc fait mon école à moi, en remettant sans cesse l'ouvrage sur le métier, en participant à des fanzines, des collectifs. Puis durant les classes qui préparaient à l'université, j'ai suivi un cours d'histoire de la bande dessinée. Le professeur m'a mis en contact avec une maison d'édition qui publiait de petites bandes dessinées pour apprendre le français aux nouveaux arrivants sur le sol canadien. Ça m'a mis le pied à l'étrier. J'ai plongé dans ce travail, en mettant de côté mon inscription en arts plastiques à l'université de Laval, j'ai eu le contrat pour faire ces BD, je voulais tenter ma chance. De fil en aiguille, les choses se sont enchaînées, j'ai été coloriste pour un magazine, j'ai travaillé dans le monde du dessin animé pendant une dizaine d'années. J'y ai appris à dessiner en volume, à adapter mon dessin. J'ai assumé plusieurs rôles : encrage de décors, layout puis storyboard. C'était formateur et ça m'a donné de la rigueur, pour pouvoir dessiner vite, efficacement, et assumer des journées complètes de dessin. À l'époque, huit heures de dessin d'affilée, c'était énorme pour moi. Aujourd'hui, c'est une petite journée.


E comme Écriture
 
Je me souviens qu'un jour Émile Bravo a dit que la bande dessinée était plus une affaire d'écriture qu'une affaire de dessin. Je suis d'accord avec cette idée. La bande dessinée doit d'abord raconter une bonne histoire. C'est une façon d'écrire très spécifique et le dessin sert ce récit. J'ai grandi en lisant les classiques franco-belges. Puis, pendant quelques années, j'ai eu du mal à lire de la bande dessinée, peut-être que le beau dessin pour le beau dessin qui était la norme m'intéressait moins. Les auteurs de ce qu'on a appelé la « nouvelle bande dessinée », Lewis Trondheim en tête, ont opéré un retour à une narration plus dense et finalement proche des classiques que j'avais aimés. Aujourd'hui, je me rends compte que j'ai autant de plaisir, voire plus, à écrire qu'à dessiner. Ma méthode passe par les mots. Dans 95 % du temps, mon scénario est inventé sans le moindre dessin. Ensuite, je confronte mon texte au dessin, et je mène ma réflexion graphique. Mon processus d'écriture demande du temps. C'est lié au type de bande dessinée que je fais, c'est de la mécanique de précision, car je fais des gags qui sont imbriqués les uns avec les autres.
 


L comme Laboratoire
 
C'est un point commun que j'ai avec Gaston Lagaffe : j'adore expérimenter. Mais contrairement à lui, je ne montre pas trop mes expériences ! Dans la bande dessinée, je pense qu'il faut avoir son laboratoire secret pour tenter des choses, mais ne pas forcément tout dévoiler. Mes séries me prennent énormément de temps, en fait toute mon énergie créative y passe. Par manque de temps, mes expérimentations ne servent alors qu'à mon projet en cours. Si j'avais plus de temps libre, je crois que j'aimerais écrire pour d'autres dessinateurs. Voire carrément me frotter au roman. Pas sûr que j'aurais le talent pour ça, mais ça me plairait beaucoup d'essayer !  
 
A comme Activité
 

Quand je ne suis pas à ma table de travail, j'ai besoin d'être en activité ! Je n'aime pas trop lézarder. Une journée commence souvent par une session de course à pied de 5 à 10 kilomètres. Ça me vide l'esprit, et me détend les muscles. Quand je reviens, je suis dans de bonnes dispositions pour travailler. Je travaille sur un support informatique, non pas parce que le papier ne m'intéresse pas, mais c'est pour ma santé ! En travaillant sur tablette graphique, je peux dessiner en très grand format, et adopter une posture de travail qui ménage mon dos ! Je me sens mieux physiquement grâce à cela. Lorsque je m'installe derrière ma tablette graphique, je dois faire des gammes, pour me chauffer la main et retrouver mes sensations, notamment quand il s'agit de dessiner Gaston. D'une manière générale, j'adore être dehors, profiter de la nature. J'ai la chance de vivre dans un coin du monde où les forêts sont généreuses. Alors, je fais beaucoup de randonnées, même l'hiver quand il fait très froid. Ces promenades m'aident à donner une cadence à ma journée et à garder un équilibre. En soirée, je regarde avec beaucoup de plaisir des films et des séries, ça nourrit mon imaginaire. La plupart du temps, je visionne des choses assez loin de l'humour que je pratique en bande dessinée, j'aime les cinéastes qui m'emmènent hors des sentiers battus.
 
F comme Fil rouge
 
Dans Les Nombrils, le jeu est de faire feuilletonner les gags avec un fil rouge entre eux. Et c'est devenu une marque de fabrique. L'idée s'est imposée à partir du moment où la présence de personnages aussi méchants que détestables a nécessité de leur trouver des circonstances atténuantes. Le lecteur devait pouvoir les aimer à certains égards. La solution a été de disséminer des indices dans les gags, ce qui a amené un récit en filigrane qu'il fallait nourrir, c'était le début d'un engrenage, qui a demandé beaucoup de travail, mais qui a rendu la série plus intéressante parce qu'on pouvait faire suivre l'évolution des personnages, créer des chutes de fin d'album ! C'était très stimulant. Avec le recul, ça donne un plaisir particulier à relire les albums. Pour Gaston, je m'étais d'abord dit que j'allais faire un pur album de gags. Mais on connaît le dicton : chassez le naturel, il revient au galop ! Je ne vais pas en dévoiler davantage pour laisser la surprise, mais je peux dire que mes motivations pour faire cet album se résument dans les dernières pages...

Feuilleter la BD

 

Archives